Dès l’arrivée à l’aéroport, je fus aux anges. C’est que Mari-Chéri a accès au lounge Air France. Il lui suffit de montrer sa carte de voyageur bourrée de miles et les portes du petit salon privé s’ouvrent comme par magie devant lui. Et moi.
J’ai piqué toutes les revues disponibles. J’ai goûté tous les jus de fruits, me suis préparée deux cappuccinos et un thé, me suis remplie les poches de petits gâteaux et de bouteilles d’eau. J’allais faire un sort aux bouteilles de champagne que je venais de découvrir lorsque Mari-Chéri m’a dit que nous devions partir. Notre vol était annoncé.
Il m’a semblé que les hôtesses me regardaient partir avec soulagement.
Le vol se déroula sans encombre. A l’arrivée, un Anglais tout ce qu’il y a de plus charmant nous attendait pour nous conduire à notre hôtel, perdu à une heure de Londres, en pleine verdure. Avez-vous déjà remarqué comme rien n’égale la campagne anglaise ? Des petits prés verts, d’adorables moutons, de merveilleuses églises en pierre. Même les cimetières sont élégants. Ces vieilles pierres tombales, quel chic ! Dans l’air flottait une odeur de scones, de crumpets et de bière. J’étais au paradis.
Notre chauffeur avisa un petit panneau sur la route, tourna et s’engagea sur une allée bordée de platanes. Au bout de cette allée se dressait fièrement un grand bâtiment en briques rouges qui me sembla sortir tout droit d’un livre d’Agatha Christie. J’entrai dans le hall avec Mari-Chéri. Si j’avais encore pu douter un seul instant du pays où nous nous trouvions, mes doutes auraient alors été définitivement levés. Où que se porte mon regard, ce n’était que débauche de chintz et de tissus fleuris. D’épais tapis recouvraient par endroit une luxueuse moquette de couleur crème. Des gravures de chasse à courre ornaient les murs. Mari-Chéri se chargea des formalités. Je me contentai d’hocher la tête en disant « how do you do ? » à intervalles réguliers.
On nous conduisit dans une belle chambre dont la sobriété m’étonna. Le chintz n’avait apparemment droit de cité que dans le hall d’entrée. Partout ailleurs, la mondialisation avait frappé. Le taupe, le lin clair et le chocolat étaient ici aussi les couleurs à la mode.
- J’ai faim, déclara Mari-Chéri. On va manger ?
- Attends, attends ! On ne peut pas y aller comme ça. Il faut qu’on se change !
- Pourquoi ? Tu n’aimes pas mon jean ?
- Ce n’est pas ça, Amour-de-ma-vie. C’est que nous sommes en Angleterre. La Reine, l’étiquette, Harrod’s. Les Anglais sont chics, chics, chics.
- Les hooligans aussi ?
- Ah ah ! Très drôle ! Vraiment très drôle.
Mari-Chéri refusa de mettre un blazer. Je dus, il est vrai, reconnaitre que Mari-Chéri ne possédait pas de blazer et me promis de lui en acheter un lors de notre virée londonienne. J’enfilai pour ma part une ravissante robe cache-cœur. Grise et taupe, elle s’harmonisait à merveille avec le décor. Après m’être repoudrée le nez, nous partîmes à la recherche du restaurant.
Les mots « diet restaurant » s’étalaient en lettres d’or à l’entrée de la salle. C’était une pièce de grande dimension à deux niveaux séparés de quelques marches. Plusieurs buffets étaient disposés dans la partie haute de la pièce. Les tables se situaient en contrebas. L’ambiance était feutrée. Je me flattai d’avoir su reconnaitre le standing de l’endroit et d’avoir adaptée ma tenue en conséquence. C’est alors qu’apparut dans mon champ de vision un cinquantenaire bedonnant en peignoir blanc. Il avait le teint couperosé, le cheveu clairsemé, l’œil vide. Des poils gris et touffus s’échappaient de l’échancrure de son peignoir. Aux pieds, il avait des gros chaussons blancs en éponge.
« Ce que j’adore chez les Anglais, c’est leur excentricité », commenta Mari-Chéri. J’étais à deux doigts d’avertir la sécurité de l’hôtel quand apparut derrière le gros en peignoir, cinq ou six autres personnes, vêtues de façon similaire.
« Ca y est ! J’ai compris ! C’est le spa ! m’annonça Mari-Chéri. Souviens-toi, les massages. Et bien, c’est dans notre hôtel. C’est pour ça qu’on a un restau diététique et que les gens viennent manger en peignoir. Ils doivent être entre deux soins. »
« Tu as bien fait de ne pas venir en jean, tu aurais détonné. » ajouta-t-il, un brin amusé.
A suivre